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Affalé sur son banc rêvasse le Malouin
Il est heureux, content, la tête entre les mains.
L'imbécile sourit à ses petits pingouins :
Tout près des hortensias, ils se promènent au loin
Dévorant à pleine dents le merveilleux foin.
La vie est belle, Malouin, mais fais gaffe au Marsouin
Il est encore assis, caressant sa barbiche
" Malouin, viens-tu à table ? - Oui, j'arrive, ma biche ! "
Rien qu'au mot de " manger " le chien sort de sa niche
On a toujours des restes pour ce petit caniche
Au menu : des patates avecque des pois chiches
Puis Malouin va fumer sa pipe de haschich
Dans ses rêves en fumée apparaît Raymond
Barre
Sous sa capuche il apparaît : " Allah akbar,
Malouin, méfie-toi des petits malabars
Gros muscles et têtes vides, bouffant des carambars
Médite ces paroles, jeunot, moi je me barre
Y a la bête Ginette qui s'impatiente au bar. "
Sur le chemin du bar il rencontre des filles
Il leur offre à chacune une glace à la vanille
Ils s'assoient et pendant plus d'un quart d'heure babillent
Mais il n'y a pas d'ombre et le soleil les grille
Ils mangeaient des tartines en jouant à la manille
Leur nouvelle marotte est de jouer aux billes
Et Malouin s'éveille : Marsouin et Lio
Devant lui grimaçant, de retour de Tokyo
Aimeraient l'étriper. Ces deux cas sociaux
Du gang Epicéa, armés d'un seul yoyo,
L'assomment à tour de bras. Le terrible trio
S'éloigne dans la brume. Ils aboient, les chiots.
Ils l'emmènent en otage et chaque jour il râle
Il traite Lio de vipère, et Marsouin de squale
Il refuse de manger, mais il devient très pâle
Chaque jour il devient un peu plus animal
Et voilà qu'il attrape une fièvre de cheval ;
On ne le soigne pas, il est presque au plus mal
Louis XV et ses ministres envoient une estafette
Sans succès. Marsouin lui donne un coup de tête.
Rien n'y fait. Lio le découpe à la serpette.
C'est en vain : Malouin agonise, c'est la fête,
Dame Violette pleure, elle l'aimait le poète,
L'élu de son grand cur, aussi con que trompettes.
Parfois Malouin va mieux quand la musique est bonne
Mais sa santé décline dés que revient l'automne
Lio lui cherche un remède, au chaudron elle mitonne
Le Roi Louis XV, par un décret, ordonne :
" Mon cher Malouin, sa liberté, qu'on la lui donne ! "
Mais trop tard, hélas ! Il meurt, et les cloches sonnent
Au pied d'un peuplier on creuse puis on l'enterre
Lio toute attendrie fait une belle prière
Marsouin et Louis XV vont se payer une bière
Violette dans sa péniche sanglote comme une guerrière
Malouin au paradis joue aux cartes comme naguère
Avec Dieu-le-Barbu et son pote Saint-Pierre
Louis XV, navigateur, veut engager un mousse
Violette vient pour signer et cache sa frimousse
Elle veut venger Malouin et se teint donc en rousse
Capitaine, Marsouin a désormais la frousse
Par un jour de tempête, Violette à l'eau le pousse
" Tu ne méritais pas une mort aussi douce "
Violette est apaisée, et sereine est sa face
Le paysage au loin est triste comme une masse
De l'eau, du ciel, du sel, et plus rien dans la nasse.
Elle a faim, la pauvrette, et Louis XV la chasse
Elle saute dans les flots et la mort la terrasse
Sur une plage déserte, son corps on ramasse.